La jurisprudence islamique ne s’est jamais cristallisée autour d’une seule interprétation. Les divergences d’opinions juridiques entre savants, loin d’être marginales, structurent les pratiques et les règles de vie de millions de fidèles.
Le malikisme, souvent perçu comme une voie médiane, se distingue par son attachement à la tradition des habitants de Médine, tout en intégrant les textes fondamentaux. L’histoire de cette école illustre la diversité des lectures du Coran et des hadiths, ainsi que l’importance des usages locaux dans la construction du droit islamique.
Comprendre les écoles juridiques de l’islam : origines, différences et points communs
Dans le vaste univers de l’islam sunnite, les écoles juridiques, ou madhâhib, forment la colonne vertébrale d’une tradition plurielle. Parmi elles, l’école fondée par Mâlik ibn Anas s’impose comme un repère pour des générations de croyants, de Médine à Tombouctou. Le fiqh malikite s’enracine dans le vécu des premiers habitants de Médine. Pour Mâlik, ils incarnent la continuité vivante avec l’époque du Prophète et de ses Compagnons. Cette fidélité façonne encore aujourd’hui la pratique religieuse de nombreuses sociétés, notamment en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest.
Un point central du malikisme réside dans la séparation nette entre la ‘aqîda (croyance) et la pratique du droit. La foi, nourrie par le Coran, par la Sunna et par l’enseignement des premiers Compagnons, reste la base sur laquelle s’appuie toute démarche juridique. Ce principe, mis en avant dans l’ouvrage « La croyance de l’imam Mâlik », vise à préserver la clarté théologique, loin des débats complexes introduits par les écoles postérieures. L’authenticité de la croyance s’enracine dans l’exemple des salaf as-sâlih, ces prédécesseurs pieux que Mâlik revendique ouvertement.
Pour bien saisir l’esprit de cette école, voici quelques repères :
- Mâlik ibn Anas : imam de Médine, fondateur du madhhab maliki.
- Le fiqh malikite : une lecture enracinée dans la tradition des premiers musulmans.
- La croyance (‘aqîda) : un socle théologique distinct de la jurisprudence.
Ce qui donne toute sa force au madhhab maliki, c’est cette capacité à conjuguer fidélité aux textes et prise en compte des réalités concrètes. Les ouvrages en arabe ou en français consacrés à l’œuvre de Mâlik ibn Anas insistent sur ces repères, tout en rappelant l’indissociabilité entre une croyance saine et l’application du droit. La pratique juridique ne se détache jamais de la foi : elle tire sa légitimité de l’équilibre entre la science, la piété et la fidélité à la Sunna.
Le rôle du Coran et des hadiths dans la jurisprudence : repères essentiels pour débuter avec le malikisme
La méthode suivie par Malik ibn Anas fait du Coran et de la Sunna la source première de toute réflexion juridique. Jamais l’imam de Médine ne statue sans s’appuyer d’abord sur le texte coranique, puis sur les hadiths authentiques du Prophète Muhammad. Dans le Muwatta, recueil fondateur du malikisme, chaque tradition retenue l’est pour la fiabilité de sa chaîne de transmission. Ce n’est pas un choix arbitraire, mais une exigence méthodologique.
Chaque règle du fiqh malikite s’articule autour de cet appui double. Le Coran pose les bases, les hadiths en détaillent la mise en œuvre. Mâlik accorde une attention particulière aux usages des habitants de Médine, garants d’une tradition vécue, transmise sans rupture depuis les Compagnons. Cette fidélité n’enferme pas la pensée, elle l’alimente et la rend cohérente avec l’esprit des textes.
Dès les premiers pas, il est utile de distinguer plusieurs niveaux d’autorité :
- les sources scripturaires (Coran et hadiths)
- les explications des premiers savants
- les pratiques locales reconnues par l’imam Malik
La jurisprudence malikite se veut exigeante, mais sait rester attentive aux situations rencontrées par les fidèles. L’ouvrage « La croyance de l’imam Mâlik » de Muhammad ibn Abd al-Rahman al-Khumayyis rappelle que la ‘aqîda authentique plonge ses racines dans le Coran, la Sunna et la compréhension des premiers Compagnons. Chaque explication vise à préserver la cohérence de cette chaîne, loin des brouillages apparus par la suite.
Au fond, suivre la voie malikite, c’est choisir une tradition qui ne sacrifie ni la rigueur, ni la fidélité à l’expérience vivante de la foi. Une école qui ne cherche ni la facilité, ni l’enfermement, mais qui tient le cap entre héritage et vigilance, entre texte et réalité. Rien n’est jamais figé, tout se transmet et s’incarne : voilà le défi, et la promesse, du malikisme pour les générations qui découvrent ses repères.


